Le cimetière médiéval de l’église Saint-Saturnin

En janvier 2016, un sondage géotechnique préalable à un projet d’assainissement, porté par la ville d’Antony et supervisé par un architecte du patrimoine, avait permis de mettre au jour une tombe maçonnée contre l’église Saint-Saturnin.

Cette étroite fenêtre d’1 m2, ouverte à l’angle nord-ouest de la nef donnant sur le parking, avait aussi dévoilé les fondations de l’édifice religieux et la chronologie des occupations depuis le substrat géologique.

La sépulture est aménagée avec trois rangs de blocs calcaires, liés au mortier gris-rose. Le squelette est un adulte disposé en décubitus dorsal (sur le dos), la tête reposant à l’ouest dans une logette céphalique (aménagement interne qui encadre le crâne et les épaules) et les mains placées sur l’abdomen.

 

L’architecture funéraire soignée, caractéristique des Xe-XIIe siècles, et la localisation de la sépulture sub stillicidio (sous les gouttières) pourraient marquer le statut privilégié de l’individu.

Un autre crâne, déplacé, a également été observé dans la coupe du sondage, témoignant d’un plus grand nombre d’inhumations, comme attendu autour d’une église aux origines médiévales.

 

 

Ce premier sondage a fait l'objet d'un relevé en 3D, à découvrir ici !

Un nouveau diagnostic en 2017 révèle des sépultures médiévales

 

Dans le même contexte préventif, trois tranchées de diagnostic ont été effectuées, en décembre 2017, par le service archéologique interdépartemental Yvelines - Hauts-de-Seine, afin d’évaluer l’extension occidentale du cimetière et l’état de conservation des sépultures.

 

Depuis l’abandon du cimetière paroissial, après 1820 selon les sources archivistiques, la place-parvis a été maintes fois perturbée par des travaux d’aménagement, depuis la deuxième moitié du XIXe s. jusque dans les années 90 (canalisation, réseau électrique…).

 

Ainsi, sous des couches de remblais modernes et contemporains, les sondages ont révélé quinze sépultures, orientées la tête vers l’ouest. Elles contenaient des squelettes ou des ossements épars d’adultes et d’immatures (nourrissons, enfants et adolescents), pour la plupart incomplets en raison des multiples perturbations du sous-sol. La population étudiée est diverse puisque se côtoient 6 sujets immatures et 21 adultes de sexe féminin et masculin.

 

 

Trois architectures funéraires ont été observées : des inhumations en pleine terre, simples fosses oblongues où le défunt est placé sur le dos, et un sarcophage trapézoïdal en plâtre blanc et en pierre de meulière. Un deuxième sarcophage maçonné, en blocs de calcaire liés avec un mortier gris-rose, conservait le squelette du sujet découvert en 2016.

 

L’approche taphonomique (analyse des phénomènes de décomposition des restes organiques après leur enfouissement) indique que la décomposition des corps s’est effectuée en espace colmaté pour les fosses en pleine terre (les individus inhumés n’avaient donc pas de cercueil) et en espace vide avec colmatage différé pour les sarcophages.

 

Par ailleurs, une plus grande densité de sépultures a été observée dans la tranchée située au sud-ouest de l’église où de nombreux recoupements sont apparus. Ces inhumations ad sancto (au plus près du lieu saint, de l’église) seraient vraisemblablement un secteur privilégié pour les individus les plus jeunes.  

 

Quelques pathologies osseuses (arthrose, malformation congénitale) et dentaires (carries) ont été observées, renseignant sur l’état sanitaire de cette population médiévale.

Un cimetière antérieur au XVe siècle

 

La datation de ces vestiges reste relative car aucun objet caractéristique n’était associé à un sujet inhumé permettant de caler chronologiquement ou culturellement les sépultures. Cependant, la majorité des tessons de céramique contenus dans les terres de comblement des inhumations a pu être datée de deux grandes périodes : XIe-XIIIe et XIVe siècles.

 

Les sépultures sont donc toutes antérieures à la reconstruction de la nef de l’église, mentionnée dans les textes à la fin du XVe et au début du XVIe siècle. Les inhumations les plus proches mises au jour ayant ainsi été recoupées par le mur pignon ouest accueillant le portail de l’église.

 

Ce cimetière paroissial concorde chronologiquement avec d’autres tombes mises au jour, en 1991, près de l’Institution Sainte-Marie. La coexistence de deux pôles d’inhumation spatialement très proche pourrait induire une extension de l’espace funéraire, ce que laisserait entendre le toponyme de Grand cymetière apparaissant sur des plans du XVIIe s. pour la parcelle de l’Institution.