Le château de La Madeleine à Chevreuse (78)

Bâti il y a près de 800 ans, le château de la Madeleine est situé dans la vallée de Chevreuse et surplombe l’Yvette. Inscrit à l’Inventaire des Monuments historiques en 1948, il est acheté par le département des Yvelines en 1981.

Afin de le conserver et rénover ce lieu remarquable, d’importants travaux de restauration sont engagés à partir de 1985. Depuis 1989, la haute cour du château abrite la Maison du Parc Naturel Régional de la Haute-vallée de Chevreuse, intégrée subtilement à la muraille.

 

Les différentes campagnes de sondages et de fouilles archéologiques, réalisées à partir de 1979 par le Service archéologique départemental des Yvelines (SADY), ont mis au jour de nombreux vestiges et contribué, notamment, à une nouvelle datation du donjon.

Des premiers aménagements défensifs en bois… à la forteresse urbaine

L’histoire de la seigneurie de Chevreuse commence en 1024 avec la mention, dans une lettre, d’un premier seigneur portant ce nom, Milon Ier de Chevreuse. Et ce n’est qu’en 1064 que le village de Cavrosa est officiellement cité comme seigneurie. Pourtant, le terme de château n’apparait dans les archives qu’au tout début du XIIe siècle

 

Des sondages archéologiques, réalisés dans la cour du château et le donjon, ont révélé un large et profond fossé, protégé d’un talus surmonté d’une palissade en bois, confirmant la présence d’un système défensif dès le XIe siècle. Ce premier aménagement dédié à la surveillance et à la défense de la vallée, axe de communication est-ouest important, devait probablement être associé à une construction en bois, telle une tour de guet, qui n’a malheureusement laissé aucune trace archéologique.

 

Au fond de ce large fossé ont été retrouvés des fragments de céramiques datées entre 1160 et 1180. Le donjon étant édifié sur ce fossé comblé ; il est donc nécessairement postérieur, bien que son architecture soit assez archaïque. Sa construction a pu être initiée par Gui II de Chevreuse, seigneur à la fin du XIIe siècle.

 

A partir de cette période, le château se compose de trois bâtiments principaux en pierre meulière : une chapelle dédiée à Sainte Madeleine, une aula (grande salle servant aux réceptions du seigneur qui sera détruite au XVe s.) et le donjon. L‘ensemble, haute et basse-cour du château, est probablement alors protégé par une enceinte en pierre. 

Au XIIIe siècle, les seigneurs de Chevreuse sont des puissants de l’entourage royal, ils fortifient encore le château. Le tracé de la muraille est modifié et des tours circulaires sont intégrées au nord. La basse-cour est alors séparée de la haute cour par une douve en eau. Le châtelet d’entrée (deux tours reliées par un porche) est probablement édifié à cette époque également.

 

Dans la haute cour, des cuisines sont accolées à la muraille sud et sont dotées de caves servant de cellier, toujours visibles aujourd’hui (sous la Maison du Parc).

 

Lors des fouilles, une matrice de sceau servant à signer des documents officiels a été retrouvée ; elle appartenait à un intendant du château au XIIIe siècle. Découverte dans un puits, elle y a probablement été jetée volontairement à la mort de l’intendant afin de ne plus être utilisée ensuite.

 

(Pour en savoir plus sur cette matrice de sceau)

 

Dans la deuxième moitié du XIVe siècle, le château prend de l’ampleur et devient une véritable forteresse.

 

Des travaux sont entrepris, notamment par Pierre de Chevreuse, conseiller du roi, pour étendre l’ensemble fortifié jusqu’à la ville, en contrebas, grâce à une muraille qui s’appuie sur les murs d’enceinte du château.

 

Des équipements banaux sont alors mis à la disposition des habitants en échange de taxes versées au seigneur (four, pressoir et moulin).

Au château, un habillage extérieur en pierre vient épaissir les murs d’enceinte, particulièrement au sud, et les tours nord sont élargies.

 

Les nouveaux aménagements de confort (les latrines et cheminées par exemple) et le nombre important d’objets découverts témoignent d’un château bien habité et qui connaît une activité importante à cette période.

Le mobilier retrouvé, conservé à Montigny-le-Bretonneux, illustre la vie quotidienne au sein d’un château fort, progressivement transformé en résidence. Un des plus importants ensembles de céramiques du second Moyen Âge en Île-de-France a notamment été recueilli et nous renseigne sur les pratiques culinaires médiévales.

 

De nombreux récipients en verre ont également été découverts, dont certains de forme très élégante, soulignant la venue du seigneur et de sa cour au château lors de réceptions (cf. découvrir un des verres à tige découvert au château].

Des éperons, étrier, fer à cheval et un rarissime pommeau de selle nous informent sur l’équipement des cavaliers présents à cette époque.

 

En réalité, le château n’est pas souvent un lieu de combats ; il est principalement un symbole du pouvoir du seigneur et le lieu de vie d’une garnison. Ses habitants ont donc besoin de passer le temps et se distraire, en témoignent la guimbarde et le dé à jouer retrouvés lors des fouilles.

 

Au milieu du XVe siècle, le château est à nouveau renforcé par Nicolas de Chevreuse ; l’enceinte est adaptée pour accueillir un canon (une archère canonnière est percée au sud) et trois tours carrées, pourvues de mâchicoulis sur arcs, y sont ajoutées.

 

Le donjon est remanié en raison de l’effondrement de sa partie sud ; il est amputé de deux travées et des contreforts imposants viennent soutenir les angles du nouveau mur pignon.

 

En pleine guerre de Cent ans, entre les Armagnacs, défendant le modèle français, et les Bourguignons, défendant le modèle anglais, le château est attaqué par les Anglais et occupé pendant 20 ans, puis récupéré par l’armée royale en 1438.

Des carreaux d’arbalète, des pointes de flèche et des boulets de canon découverts dans la cour du château illustrent ces combats.

Une lente agonie

Abimé par ces attaques et étant peu habité et entretenu (de rares d’objets ont été découverts pour cette période), le château est mentionné en « grant ruyne et désolation » en 1489. Il perd alors son aspect défensif pour se transformer en résidence temporaire.

 

Il passe de seigneurs en barons et favorite du roi qui n’effectuent pas de grandes rénovations à l’exception de modestes travaux aux XVIe et XVIIe siècles, notamment l’ouverture des baies dans le donjon.

 

En 1693, le duché est vendu aux Dames de Saint-Cyr, une congrégation religieuse puissante qui possède des propriétés entre Saint-Cyr et Chevreuse. Le dernier étage du donjon, en partie effondré, n’est pas reconstruit et le toit à 4 pans est remplacé par un toit à deux pentes. Après un deuxième effondrement du pignon sud du donjon, le mur est reconstruit au même endroit, consolidé par trois contreforts que l'on voit aujourd'hui. Le donjon sert alors de grange pour stocker les provisions ; des ouvertures sont faites au rez-de-chaussée.

 

Au cours des siècles suivants, le château est petit à petit abandonné ou peu entretenu par les propriétaires successifs et, devant l’ampleur des efforts à engager, aucuns travaux d’envergure ne sont effectués jusqu’à son rachat par le département des Yvelines.

Les campagnes de fouilles archéologiques

A partir de son achat, le château a fait l’objet de plusieurs campagnes de sondages et de fouilles, réalisées par différents archéologues des Yvelines entre 1979 et 2010, particulièrement P.-J. Trombetta et B. Dufaÿ.

 

Les premières opérations, effectuées avec l’aide de bénévoles et d’étudiants, se sont concentrées dans la partie sud de la haute cour, autour du donjon, et au niveau du châtelet d’entrée.

Puis en 1989 et entre 1992 et 1994, c’est au nord de la haute cour que les fouilles ont eu lieu, révélant des vestiges d’un bâtiment du XIIe siècle, l’aula. Elles ont également mis en évidence des aménagements successifs de l’enceinte et la trace des tours circulaires du XIIIe siècle.

 

En 2010, des sondages effectués à l’intérieur du donjon ont fournis un nouvel éclairage sur la datation du château et ont permis de situer la construction du donjon à la fin du XIIe siècle. L’emplacement d’anciennes cloisons a été confirmé par la découverte de massifs de contreforts intérieurs. La découverte d’un squelette de chien permet aussi d’évoquer le rôle de cet animal dans la construction en transportant des pierres ou pour les travaux agricoles.

 

Il faut noter, enfin, que la basse-cour et la douve nord n’ont encore jamais été explorées archéologiquement.

 

Un château à visiter !

Le château visible aujourd’hui a conservé une grande part de sa morphologie médiévale, avec son donjon datant du XIIe siècle, remanié au fil des années, et son enceinte dotée de tours des XIVe et XVe siècles.

 

La haute cour du château est en accès libre, ainsi que le rez-de-chaussée de la tour des Gardes et les caves situées sous la Maison du Parc. Un très beau point de vue sur la vallée est possible en montant sur la courtine du rempart sud.

 

À l’occasion des Journées du patrimoine, des archéologues du SAI 78-92 proposent des visites commentées du château (cf. la rubrique Actualités).

 

Renseignements pratiques auprès du PNR de la Haute vallée de Chevreuse. 

 

 

Pour aller plus loin, un ouvrage édité par le Département-Service archéologique des Yvelines "Le château de Chevreuse, de l’an mil à nos jours" est disponible à l’achat à l’accueil du château. Il présente le patrimoine exceptionnel que constitue ce château et les grandes étapes de son histoire, établies grâce aux documents d’archives et aux opérations archéologiques.